Retour sur l'externalisation
par Patrick Bouvard, RH Info

 
DE QUOI PARLE-T-ON AU JUSTE ?


Nous avons traité, dans la série d'articles précédente, de l’externalisation de la fonction RH dans l’entreprise. Peut-être conviendrait-il d’ailleurs mieux de dire « hors » de l’entreprise ? Ce n’est pas si simple, car l’entreprise qui a recours à une logique d’externalisation bien comprise, si elle est déchargée de certaines tâches, n’est pas pour autant « désimpliquée » (pardon du néologisme) du sens. Cette ambiguïté possible nous conduit naturellement à approfondir notre réflexion pour discerner des axes de diagnostic utiles tant à une Direction Générale qu’à une Direction des Ressources Humaines. 

Un fait est avéré : nulle entreprise ne peut aujourd'hui fonctionner en système clos, avec tous les corps de métiers nécessaires, en se passant des partenariats multiples et variés qui constituent sa sphère de développement et d'influence. Système interne et système externe sont désormais totalement interdépendants. Alors "externalisation", "sous-traitance", “partenariats”… ? Est-ce la même chose ? Le conseil ou l'intérim, par exemple, sont-ils des formes d'externalisation ? Nous sommes bien obligés de constater l’absence d’une définition vraiment partagée ; le terme même « d’externalisation » – qui décrit plutôt le lieu d’une action que son sens véritable – révèle un contour flou : c’est un mot-valise, un attrape-tout censé désigner, grosso modo, un transfert de tâche avec délégation de pouvoir et/ou de responsabilité... à une autre personne morale.

Ceci suppose d'identifier clairement un intérieur et un extérieur de l’entreprise. Juridiquement, c’est incontestablement assez bien défini ; et encore les dimensions « corporate » peuvent-elles singulièrement compliquer les choses. Par contre, en terme d’activité, de business, les choses ne sont pas aussi tranchées. Tout dépend, en fait, de la définition que l'on donne à l'entreprise : met-on l’axe sur une "position identitaire", dûment isolable, ou plutôt sur un lieu de "composition d'échanges", par exemple ? Cela dépend au regard de quoi on la définit, et les deux réponses ne s’excluent pas ; mais il faut être conscient que la conception et le sens de « l’externalisation », dans les deux cas, n'est pas la même !

Dans les PME, par exemple, le désir de se décharger de la gestion des contraintes sociales, en raison de réglementations abusivement complexes, fait jouer l’externalisation comme une force d’expertise ultra spécialisée. En parallèle, les grandes entreprises, qui auraient les moyens humains et techniques de gérer cette complexité, sont soumises à des pressions financières à courts termes de plus en plus forte ; l'externalisation s’inscrit alors pour elles dans une démarche de cost-killing de plus en plus drastique. Il n’y a pas forcément de rapport entre les deux !

Il n'est donc pas surprenant, que les salariés, quant à eux, comprennent souvent l'externalisation comme une pratique managériale négative, à l’instar du downsizing ou de l'off-shoring. Ils le vivent comme une perte d’identité et de savoir faire qui se généralise, à terme, à leurs dépends. Alors que pour les actionnaires, elle représente des pistes souvent pertinentes d'optimisation de pans entiers d'activités annexes au cœur de métier de l'entreprise.

Le problème soulevé par toutes ces ambiguïtés – outre que l’on ne sait plus très bien de quoi l’on parle –, c’est que la vertu réelle et constructive d’une logique d’externalisation intelligemment conduite en fait inévitablement les frais, victime de tous les amalgames et, partant, des préjugés à la mode : soit pour la portée au pinacle de la nouvelle gouvernance d’entreprise ; soit pour la traiter comme un artifice néfaste, sorte de miroir aux alouettes pour piéger le capital humain dans un rôle de simple variable d’ajustement. Inutile de dire que nous renvoyons dos à dos ces deux caricatures simplistes.

Nous vous proposerons donc, dans cette nouvelle série d’articles, de creuser un peu les différents angles d’analyse et de cerner ainsi les différentes réalités que l’externalisation peut recouvrir, afin de cibler les facteurs clés de succès de sa mise en œuvre la meilleure.